– ACTUALITÉS

– Conférence de presse pour la présentation du Symposium.

INTRODUCTION

Le 12 avril a eu lieu au Vatican la conférence de presse qui présentait le Symposium sur le Sacerdoce devant se dérouler à Rome du 17 au 19 février 2022. Elle réunissait le Cardinal Ouellet, préfet de la Congrégation pour les Évêques, qui a présenté les enjeux ecclésiaux du Symposium, le Père Vincent Siret, recteur du Séminaire Pontifical français à Rome, et Michelina Tenace, professeur à l’Université Grégorienne, tous deux membres du comité scientifique du Symposium.
« Le saint Peuple de Dieu est habité par la communion de la Sainte Trinité, et j’espère que ce Symposium nous permettra de regarder les différences d’une manière plus profonde et plus harmonieuse, en nous faisant prendre conscience que nous faisons partie d’une communion croissante par le don du Saint-Esprit à l’Église et au monde dans le Christ ressuscité. » Cardinal Ouellet

« La crise des dernières années nous oblige à revoir la notion de pouvoir et de pouvoir sacerdotal. Le pouvoir au fond est le pouvoir de l’amour, le pouvoir du Ressuscité. Le Ressuscité a dépassé tous les pouvoirs du monde, le péché, la mort, vaincus par l’amour. Quand le soir de Pâques, avec le salut “la paix soit avec vous”, il donne le pouvoir de remettre les péchés, il donne son amour libérateur mis à la disposition des Apôtres et il leur demande d’en faire le don au monde. Le ministère doit demeurer toujours dans l’horizon de cet amour kénotique qui s’abaisse pour rejoindre l’homme dans son enfer et le ramener à la communion avec le Père. Le pouvoir du prêtre est le don du Saint-Esprit qui lui est donné dans l’imposition des mains, c’est un pouvoir d’amour. » Cardinal Ouellet

« La formation est une responsabilité de toute l’Église et de la communauté diocésaine, et ce n’est pas, ou cela ne devrait pas, être réservé seulement aux prêtres. Je crois que pour certaines questions, pour l’équilibre des personnalités, ainsi que pour la formation théologique, les séminaristes ont besoin d’interagir avec des personnes qui ont des charismes différents pour apprendre à fonctionner dans leur ministère en respectant et en intégrant dans leur vision ecclésiale les autres charismes, en particulier les femmes. Je crois que pour l’équilibre affectif des séminaristes et pour le discernement c’est important. » Cardinal Ouellet

« La formation fondamentale des prêtres est capitale. Il faut surveiller des attitudes, mais c’est l’attitude profonde qui est en jeu. Le Symposium peut attirer notre attention pour sortir du petit cercle de formation qui se suffit à lui-même et nous ouvrir à la communion de l’Église. Il s’agit de sortir du pouvoir, pour entrer dans le pouvoir de l’amour et ne pas se laisser enferme dans le petit monde des prêtres. Cela n’aide pas les charismes et l’amour à se former. Devenir prêtre, c’est une question d’amour. Le sacerdoce, c’est l’amour du Cœur du Christ, disait le Saint Curé d’Ars. On n’a jamais fini d’approfondir cette formule, et c’est plus qu’une formule. On a tout le Symposium dans cette formule. » Père Vincent Siret

« Le discernement des vocations doit être à l’opposé du pouvoir : vouloir servir le Christ en épousant le mode de servir du Christ : c’est le lavement des pieds rapporté par saint Jean qui fonde le sacerdoce. La formation vérifie l’authenticité de l’appel de manière à vérifier que la personne n’aspire pas au pouvoir. » Michelina Tenace

« Le Symposium risque de réserver des surprises, et d’abord celle de découvrir qu’on peut repartir avec une autre perspective, et que les vocations sont liées. Le christianisme part du baptême qui change la vie d’une personne, ce n’est pas une simple étiquette. C’est une révolution, la preuve que Dieu existe et que l’Esprit Saint est Dieu, dit saint Basile. Tout est dans le baptême. » Michelina Tenace

CARDINAL OUELLET

A l’approche du dimanche des vocations et dans le cadre de la recherche de l’Église sur la synodalité, j’ai l’honneur et la joie de présenter au grand public un projet de Symposium théologique sur les vocations. Le Pape François a souvent répété ce qu’il a dit en 2015 à propos de la synodalité : « Le chemin de la synodalité est le chemin que Dieu attend de l’Église du troisième millénaire. » Cette attente de Dieu et du Saint Père peut sembler abstraite à première vue, mais quand on la considère du point de vue des vocations, elle se charge d’un contenu très concret. La synodalité signifie au fond la participation active de tous les fidèles à la mission de l’Église, elle décrit la marche solidaire du peuple des baptisés vers le Royaume qui s’édifie au quotidien dans les réalités de la famille, du travail et de la vie sociale et ecclésiale sous toutes ses formes. Cela suppose une vie de foi et une collaboration étroite entre laïcs, prêtres, religieux et religieuses, pour l’annonce de l’Évangile au monde par le témoignage attrayant des communautés chrétiennes. Cette croissance attendue d’une Église synodale correspond certainement aux orientations du Concile Œcuménique Vatican II qui sont encore en voie d’approfondissement théologique et pastoral.

Le Symposium que j’introduis aujourd’hui à l’attention du public a pour titre : « Pour une théologie fondamentale du sacerdoce ». Il consiste en une session intense de trois jours, ouverte à tous, mais destinée spécialement aux évêques, et à tous ceux, hommes et femmes, qui s’intéressent à la théologie, afin d’approfondir le sens des vocations et l’importance de la communion entre les différentes vocations dans l’Église. Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, patronne des missions et docteur de l’Église, nous a rappelé que l’amour est la force motrice de la mission de l’Église. Elle a témoigné cet amour surtout par la prière et la pénitence dans le cadre de sa vie au Carmel, mais cet amour est répandu par l’Esprit Saint dans le cœur de tous les baptisés, pour être donné au monde par ce que saint Paul appelle les « articulations et jointures » du Corps du Christ, c’est-à-dire par l’Église présente et opérante dans le monde au service de l’humanité souffrante d’aujourd’hui. Ce sacerdoce de l’Amour qui est exercé par toute la communauté ecclésiale, est animé et soutenu par une variété de vocations à l’amour, dont les contours et les couleurs se distinguent et se complètent mutuellement. Entre prêtres et laïcs, entre religieux et religieuses de différents charismes, l’Esprit Saint communique la grâce qui opère la communion entre tous, qui permet de surmonter les obstacles, et qui rejoint par cette communion, mystérieusement et au moins virtuellement, toute l’humanité. Il est clair qu’une telle recherche théologique et pastorale ne concerne pas seulement l’Europe ou l’Amérique mais toute l’Église dans tous les continents.

Un symposium théologique ne prétend pas offrir de solutions pratiques à tous les problèmes pastoraux et missionnaires de l’Église, mais il peut approfondir des vérités qui constituent la base de la mission de l’Église. L’éclairage de la Révélation sur le Sacerdoce du Christ et la participation de l’Église à ce sacerdoce est une question cruciale pour notre temps. Il s’agit d’un thème qui n’est pas nouveau, mais qui est central, et dont l’originalité sera de mettre en rapport fondamental le sacerdoce des baptisés que le Concile Vatican II a remis en valeur, et le sacerdoce des ministres, évêques et prêtres, dont l’Église catholique a toujours affirmé la spécificité. Ce rapport ne va pas de soi à notre époque, car il suppose des réajustements pastoraux, et il implique des questions œcuméniques qui ne seront pas ignorées, de même que les mouvements culturels qui s’interrogent sur la place de la femme dans l’Église. Tous sont conscients par ailleurs de la disette des vocations en beaucoup de milieux, des tensions sur le terrain à cause de visions pastorales divergentes, des défis que posent le multiculturalisme et les migrations, sans oublier les idéologies qui conditionnent le témoignage des baptisés et l’exercice du ministère sacerdotal dans les sociétés sécularisées. Comment vivre dans ce contexte une conversion missionnaire de tous les baptisés sans une nouvelle prise de conscience du don de l’Esprit Saint à l’Église et au monde par le Christ ressuscité ?

Dans cette recherche de conversion synodale, il y a place pour un vaste chantier théologique qui devrait offrir une vision renouvelée, un sens de l’essentiel, une manière de valoriser toutes les vocations dans le respect de la spécificité de chacune. Cette vision de la communion des vocations s’enracine dans la communion des Personnes divines et veut déployer une ecclésiologie trinitaire capable de dynamiser une Église synodale et missionnaire dont rêve le Pape François. Il est clair que cette recherche intéresse toute l’Église, en particulier les évêques, mais aussi les théologiens et théologiennes, la vie consacrée, les gens mariés, et la formation à tous les niveaux. Mes collègues le diront plus en détails dans un instant.

J’ajoute pour ma part que cette initiative est une grande entreprise qui a été soigneusement préparée, mais qui comporte une marge de risque dans les circonstances actuelles de la pandémie. Il s’agit donc d’un acte de foi que nous n’aurions pas osé sans quelques confirmations d’en haut, et devant l’urgence de susciter un mouvement vocationnel à la suite des différentes expériences synodales de ces dernières années. En effet, lors des synodes sur la famille, les jeunes, et l’Église en Amazonie, les questions du sacerdoce et de la synodalité ont été soulevées dans toute leur ampleur avec une insistance sur la réalité du baptême qui est à la base de toutes les vocations. Le temps est venu de prolonger la réflexion et de promouvoir un mouvement vocationnel qui facilite le partage des diverses expériences de l’Église partout sur la planète.

Nous voulons donc rassembler des délégations nationales ou diocésaines de tous les continents à la salle d’audience Paul VI durant trois jours, du 17 au 19 février 2022, avec un programme intense de conférences qui sera couronné par un envoi de la part du Pape François. Le programme des conférences est mis à la disposition des journalistes et du public à partir d’aujourd’hui. Un site internet a été ouvert il y a quelques jours et servira à donner de plus amples informations aux personnes intéressées, à faciliter les modalités d’inscriptions pour les participants et à solliciter des contributions financières pour soutenir l’organisation de ce grand évènement.

Étant donné l’envergure de ce symposium qui voudrait marquer une étape dans la recherche de l’Église et encourager des publications, je ne peux lancer cette invitation comme préfet de la Congrégation pour les évêques, sans faire appel à la prière du peuple de Dieu, et en particulier à celle des communautés contemplatives. Puisqu’il s’agit du sacerdoce, dont il nous faut réactiver la conscience baptismale et ministérielle, de même que la conscience de la fécondité de la vie consacrée, cela ne peut être obtenu que par une grâce d’en haut à demander avec insistance et persévérance. J’invite donc spécialement les évêques à accueillir cet appel et à relancer cette préoccupation pour les vocations dans le cadre de leur Église particulière, en communion avec le Pape François et ses collaborateurs de la Curie romaine. Je remercie le Service des Communications du Saint-Siège pour sa disponibilité à collaborer aujourd’hui et dans les mois à venir à cet évènement. Merci beaucoup.

+ Marc Cardinal Ouellet

MICHELINA TENACE

UNE QUESTION CRUCIALE POUR NOTRE TEMPS
Un Symposium sur le sacerdoce qui a pour titre “Pour une théologie fondamentale du sacerdoce” n’entend pas donner des solutions immédiates aux problèmes, mais mettre à la lumière les racines du sacerdoce afin que l’arbre abonde à nouveau de fruits.
Le Cardinal Ouellet dit que “le sacerdoce du Christ et la participation de l’Église à ce sacerdoce sont une question cruciale pour notre temps”.
Ce n’est certes pas un thème nouveau. Quelle est alors l’urgence de réfléchir sur ce thème? C’est le fait qu’aujourd’hui on doit penser au fondement unique, le sacerdoce du Christ, qui lie le sacerdoce ministériel avec le sacerdoce commun des baptisés.
Ce rapport doit être revu à chaque époque, parce que chaque époque manifeste une compréhension différente du rapport entre les divers membres d’un même corps, chaque époque élabore une ecclésiologie renouvelée sur les exigences du témoignage dans l’histoire.
Nous voyons aujourd’hui que dans de nombreuses parties du monde, les évêques et les prêtres ont du mal à identifier quels changements sont nécessaires pour qu’un prêtre soit vraiment une sentinelle du Royaume de Dieu, un homme appelé par Dieu à sanctifier le monde à travers le don des sacrements du Royaume.
Les changements ne peuvent être dictés par les pressions culturelles, mais néanmoins, ils ne doivent pas exclure que, dans les questions qui poussent à un changement, il y ait un appel à libérer la foi des scories du passé.

QUELQUES QUESTIONS THEOLOGIQUES QUI SERONT TRAITEES

1. Un des objectifs du Symposium est de réfléchir sur le rapport entre sacerdoce ministériel et le sacerdoce commun
Dans une introduction à un livre sur les ministères, le Pape François a écrit que “Le Saint Peuple de Dieu, oint de l’Esprit, est tout entier sacerdotal, en tant qu’il participe de l’unique sacerdoce du Christ”. Il y a un seul prêtre, le Christ.
Alors la question qui vient spontanément est comment comprendre, par rapport à l’unique sacerdoce du Christ, le sacerdoce ministériel et le sacerdoce commun des baptisés.
Il est donc important de comprendre pourquoi un Symposium sur le sacerdoce amènera à parler du baptême.
Rappelons que l’Église naît avec la descente de l’Esprit Saint.
Avec le baptême où descend l’Esprit Saint, on devient chrétien, on participe à la vie divine comme fils dans le Fils.
Les ministres ordonnés sont indispensables pour garder la vie divine à travers les sacrements de l’eucharistie et du pardon des péchés, le peuple de Dieu garde la vie divine à travers l’édification de l’Église dans le témoignage de la charité et dans la croissance des charismes. On ne peut pas penser l’un sans l’autre.
Quand nous disons que le sacerdoce ministériel et le sacerdoce commun des fidèles se réfèrent à l’unique sacerdoce du Christ, nous disons une vérité très engageante : nous disons qu’il y a une responsabilité réciproque entre la communauté des baptisés et les prêtres. Le manque de vocations sacerdotales signifie que la communauté chrétienne s’est appauvrie: elle ne donne et ne reçoit pas de prêtres.

2. Un autre thème important est la théologie des vocations
À chacun sa vocation. En fait, c’est l’échange des dons et l’attention à la vocation de chacun qui édifie l’Église du Christ.
Voilà l’idée directrice du Symposium : approfondir la théologie du sacerdoce, réaffirmer les traits essentiels de la tradition catholique sur l’identité du prêtre, en la libérant peut-être d’une certaine cléricalisation.
La cléricalisation est un danger aussi bien pour les prêtres que pour les fidèles : identifier le sacerdoce avec le pouvoir et non avec le service, le fait d’être un alter Christus à l’autel comme un privilège et non comme une responsabilité qui regarde tous les fidèles.
Le cléricalisme est dérivé d’une vision du sacerdoce comme isolée, au-dessus de tous. Le Pape François attire souvent l’attention sur ce danger.
Dans cette perspective faussée, il y a aussi le risque d’avoir des prêtres écrasés par l’idéalisation de la toute-puissance ou des exigences des fidèles.

3. La question du célibat sera abordée sur l’horizon des vocations
Quand on parle de la question du célibat, il est nécessaire de comprendre que la vraie question regarde la vocation et la formation : si quelqu’un est appelé par Dieu, il reçoit aussi le don pour vivre cet appel et la formation rend ces dons conscients et manifestes. Mais la formation dans les séminaires s’est révélée souvent très insuffisante justement sur le discernement de la vocation et sur la formation à la vie de communion.
La question soulevée est que la fonction sacerdotale ne requiert pas le célibat, mais dans la tradition latine, elle est une requête pour un chemin de témoignage prophétique du sacerdoce du Christ ordonné au caractère eschatologique de l’Église. Le célibat est un signe prophétique qui rend le prêtre témoin libre d’une nouveauté qui se manifestera dans l’eschaton.
L’Église a besoin de prophètes et non pas seulement de “fonctionnaires” des sacrements.

4. L’autre question qui sera abordée est le rapport au sacré
Le sacré et le profane dans le christianisme sont des catégories dépassées, parce qu’avec le Christ, la présence de Dieu au milieu de nous, le modèle religieux sacral des religions antiques est dépassé. Mais le mystère demeure. Alors, le prêtre du Christ doit évoquer le mystère et la transcendance dans l’acte liturgique, par exemple, sans banaliser le sacré, sans sacraliser le profane. La théologie des sacrements et la liturgie seront un domaine à revisiter avec la théologie du sacerdoce.

CONCLUSION

Ainsi, le Symposium veut prendre acte que la crise de l’identité du prêtre ou des vocations n’est pas seulement une crise qui touche des personnes particulières, mais fait partie de la transformation en acte de toute l’Église comme corps animé par la vie de l’Esprit, un organisme vivant sur le fondement de la foi dans le Christ, fondement qui crée une profonde harmonie entre la tête, les membres, les jointures ; une communion qui, toutefois, d’époque en époque, doit réaffirmer une physionomie adéquate du Royaume dans l’histoire.

PÈRE VINCENT SIRET

Le Symposium du 17 au 19 février 2022 « Pour une théologie fondamentale du sacerdoce » concerne les formateurs des futurs prêtres dans l’Église et je ne doute pas qu’ils prennent à cœur d’y participer. En effet, comment former ceux que le Seigneur appelle dans son Église à recevoir le ministère de prêtre s’ils ne sont pas éclairés de manière plus précise que jamais non seulement sur ce qu’ils s’apprêtent à recevoir par le sacrement de l’Ordre mais aussi et surtout comment ils se situent dans la communion de l’Église tout entière ? La réflexion n’est certes pas nouvelle mais elle doit être reprise sans cesse et toujours de manière renouvelée. Il ne suffit pas en effet de répéter. L’élargissement jusqu’à la dimension trinitaire, source de toute communion, est essentielle pour qu’on ne limite pas le champ à la collaboration et à une répartition plus réfléchie des tâches ou même à la coresponsabilité, mais qu’on vise d’abord la source trinitaire elle-même. La vie baptismale est la vocation humaine fondamentale et tous doivent exercer le sacerdoce reçu au baptême. Le ministère est à ce service. On peut espérer par exemple échapper ainsi à un face-à-face décevant et contre-productif prêtres-laïcs pour articuler ce couple avec la présence et la vie de religieux et religieuses, qui se situent d’ailleurs des deux côtés.

Réfléchir sur la théologie fondamentale du sacerdoce permettra aussi de revenir à frais nouveaux sur les justifications du célibat sacerdotal et la manière de le vivre. C’est un service que l’on doità ceux qui se préparent à recevoir le sacrement de l’ordre de leur montrer les raisons qui justifient une telle demande et un tel engagement de vie et de leur proposer en conséquence et en cohérence les manières les plus adaptées de vivre dans la fidélité à ce don. A la suite de quoi, il leur est possible de prendre un engagement en connaissance de cause. La consécration de sa vie entière prend l’ensemble de la personne et ne peut se justifier que dans une perspective oblative à la suite du Christ dans une dynamique trinitaire.L’Amour est à la racine du don de soi. L’équilibre humain qui est requis pour envisager une vocation particulière est certes nécessaire, indispensable mais ultimement, l’engagement ne peut s’appuyer que sur une théologie elle-même juste, faisant place à toutes les vocations et situant celle du ministère à l’intérieur de l’ensemble. La lutte entreprise contre toutes les formes d’abus des clercs dont le Pape François repère la source dans le cléricalisme ne peut se faire que dans une clarté théologique. Cette lutte requiert à la fois non seulement une perspective horizontale de juste rapport entre les baptisés, rapport qui, lui-même, ne peut provenir que d’une perspective verticale d’une juste relation à Dieu et à la Sainte Trinité.

Le Symposium s’inscrit comme vient de le rappeler M. le Cardinal dans le chemin de synodalité. Ce chemin est en effet l’unique possibilité pour échapper au cléricalisme ecclésial. Je dis bien ecclésial et non ecclésiastique car les clercs à l’intérieur de l’Église ne sont pas les seuls à être tentés par cette vision tronquée et mensongère. La vocation de tous à entrer par grâce dans le Royaume est explicite et unique et elle empêche un quelconque repliement sur les structures ecclésiales. Le ministère des prêtres n’est pas d’abord d’ordre structurel ou organisationnel mais essentiellement mystique, c’est-à-dire inscrit dans le Mystère. Seule cette ultime profondeur du Mystèredans laquelle la marche ne peut être qu’une marche avec et à la suite du Christ vers le Père dans l’Esprit peut permettre une sortie par en haut des nombreuses difficultés et risques rencontrés d’engluement dans une dimension mondaine, celle d’une lutte de pouvoir ou d’une communication publicitaire.

La théologie du sacerdoce revisitée en son fonds et habitée ne peut que redonner non seulement un élan missionnaire mais plus profondément encore une unité missionnaire loin d’une quelconque uniformité. Toute la vie de l’Église est missionnaire ou sinon elle n’est ni vie ni ecclésiale. Le Pape François écrit au n° 273 de Redemptorismissio : « je suis une mission sur cette terre et pour cela je suis dans ce monde ». Une telle affirmation est liée avec l’offrande du monde au Père et l’accueil du don du Père en son Fils par l’Esprit, Amour pour le monde. La mission elle aussi retrouve donc sa dynamique propre si elle est vue dans son lien avec la communion d’Amour qui est la vocation de tous. Le ministre ordonné peut alors se situer dans ce dessein éternel du Père.

Ce Symposium, tout le monde s’en doute, demande une organisation complexe et importante. Une association, le Centre de recherche et d’anthropologie des vocations, a été créée pour soutenir financièrement le projet et en assurer le bon déroulement. Vous pouvez vous brancher sur le site www.communio-vocatio.com où un don est possible pour soutenir ce colloque et les travaux de recherche menés par le Centre ; cela permettra entre autres une répartition pour permettre au plus grand nombre de ceux qui le désirent d’y participer. C’est là que vous pouvez récupérer le contenu et les étapes prévues du Symposium. C’est aussi sur le site enfin que vous pourrez vous inscrire et obtenir toutes les informations nécessaires.Une traduction simultanée en français, anglais, espagnol, italien, allemand sera assurée.

Les journées de ce Symposium sont divisées de telle manière d’aborder les différentes thématiques. Chaque demi-journée est présidée par un cardinal. Le 17 février s’intitule : tradition et nouveaux horizons. Cette journée sera présidée le matin par le cardinal Ouellett et l’après-midi par le préfet de la Congrégation pour le Clergé. Les communications du 18 février se regroupent autour du trio : Trinité, mission, sacramentalité. La journée est présidée le matin par la Congrégation pour le Culte divin et la discipline des sacrements et l’après-midi est confiée à la Congrégation pour l’Education catholique. Le samedi 19, la messe sera présidée le matin par le Secrétaire d’Etat, le cardinal Parolin, à la basilique Saint-Pierre. Les travaux ensuite seront réunis sous le trio : Célibat, charisme, spiritualité sous la présidence de la Congrégation pour la Cause des saints le matin et l’après-midi, celle de du préfet du Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie. Le Pape François enverra en mission les participants en fin d’après-midi.

P. Vincent Siret
Recteur du Séminaire Pontifical Français
Rome

CARDINAL OUELLET

A l’approche du dimanche des vocations et dans le cadre de la recherche de l’Église sur la synodalité, j’ai l’honneur et la joie de présenter au grand public un projet de Symposium théologique sur les vocations. Le Pape François a souvent répété ce qu’il a dit en 2015 à propos de la synodalité : « Le chemin de la synodalité est le chemin que Dieu attend de l’Église du troisième millénaire. » Cette attente de Dieu et du Saint Père peut sembler abstraite à première vue, mais quand on la considère du point de vue des vocations, elle se charge d’un contenu très concret. La synodalité signifie au fond la participation active de tous les fidèles à la mission de l’Église, elle décrit la marche solidaire du peuple des baptisés vers le Royaume qui s’édifie au quotidien dans les réalités de la famille, du travail et de la vie sociale et ecclésiale sous toutes ses formes. Cela suppose une vie de foi et une collaboration étroite entre laïcs, prêtres, religieux et religieuses, pour l’annonce de l’Évangile au monde par le témoignage attrayant des communautés chrétiennes. Cette croissance attendue d’une Église synodale correspond certainement aux orientations du Concile Œcuménique Vatican II qui sont encore en voie d’approfondissement théologique et pastoral.

Le Symposium que j’introduis aujourd’hui à l’attention du public a pour titre : « Pour une théologie fondamentale du sacerdoce ». Il consiste en une session intense de trois jours, ouverte à tous, mais destinée spécialement aux évêques, et à tous ceux, hommes et femmes, qui s’intéressent à la théologie, afin d’approfondir le sens des vocations et l’importance de la communion entre les différentes vocations dans l’Église. Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, patronne des missions et docteur de l’Église, nous a rappelé que l’amour est la force motrice de la mission de l’Église. Elle a témoigné cet amour surtout par la prière et la pénitence dans le cadre de sa vie au Carmel, mais cet amour est répandu par l’Esprit Saint dans le cœur de tous les baptisés, pour être donné au monde par ce que saint Paul appelle les « articulations et jointures » du Corps du Christ, c’est-à-dire par l’Église présente et opérante dans le monde au service de l’humanité souffrante d’aujourd’hui. Ce sacerdoce de l’Amour qui est exercé par toute la communauté ecclésiale, est animé et soutenu par une variété de vocations à l’amour, dont les contours et les couleurs se distinguent et se complètent mutuellement. Entre prêtres et laïcs, entre religieux et religieuses de différents charismes, l’Esprit Saint communique la grâce qui opère la communion entre tous, qui permet de surmonter les obstacles, et qui rejoint par cette communion, mystérieusement et au moins virtuellement, toute l’humanité. Il est clair qu’une telle recherche théologique et pastorale ne concerne pas seulement l’Europe ou l’Amérique mais toute l’Église dans tous les continents.

Un symposium théologique ne prétend pas offrir de solutions pratiques à tous les problèmes pastoraux et missionnaires de l’Église, mais il peut approfondir des vérités qui constituent la base de la mission de l’Église. L’éclairage de la Révélation sur le Sacerdoce du Christ et la participation de l’Église à ce sacerdoce est une question cruciale pour notre temps. Il s’agit d’un thème qui n’est pas nouveau, mais qui est central, et dont l’originalité sera de mettre en rapport fondamental le sacerdoce des baptisés que le Concile Vatican II a remis en valeur, et le sacerdoce des ministres, évêques et prêtres, dont l’Église catholique a toujours affirmé la spécificité. Ce rapport ne va pas de soi à notre époque, car il suppose des réajustements pastoraux, et il implique des questions œcuméniques qui ne seront pas ignorées, de même que les mouvements culturels qui s’interrogent sur la place de la femme dans l’Église. Tous sont conscients par ailleurs de la disette des vocations en beaucoup de milieux, des tensions sur le terrain à cause de visions pastorales divergentes, des défis que posent le multiculturalisme et les migrations, sans oublier les idéologies qui conditionnent le témoignage des baptisés et l’exercice du ministère sacerdotal dans les sociétés sécularisées. Comment vivre dans ce contexte une conversion missionnaire de tous les baptisés sans une nouvelle prise de conscience du don de l’Esprit Saint à l’Église et au monde par le Christ ressuscité ?

Dans cette recherche de conversion synodale, il y a place pour un vaste chantier théologique qui devrait offrir une vision renouvelée, un sens de l’essentiel, une manière de valoriser toutes les vocations dans le respect de la spécificité de chacune. Cette vision de la communion des vocations s’enracine dans la communion des Personnes divines et veut déployer une ecclésiologie trinitaire capable de dynamiser une Église synodale et missionnaire dont rêve le Pape François. Il est clair que cette recherche intéresse toute l’Église, en particulier les évêques, mais aussi les théologiens et théologiennes, la vie consacrée, les gens mariés, et la formation à tous les niveaux. Mes collègues le diront plus en détails dans un instant.

J’ajoute pour ma part que cette initiative est une grande entreprise qui a été soigneusement préparée, mais qui comporte une marge de risque dans les circonstances actuelles de la pandémie. Il s’agit donc d’un acte de foi que nous n’aurions pas osé sans quelques confirmations d’en haut, et devant l’urgence de susciter un mouvement vocationnel à la suite des différentes expériences synodales de ces dernières années. En effet, lors des synodes sur la famille, les jeunes, et l’Église en Amazonie, les questions du sacerdoce et de la synodalité ont été soulevées dans toute leur ampleur avec une insistance sur la réalité du baptême qui est à la base de toutes les vocations. Le temps est venu de prolonger la réflexion et de promouvoir un mouvement vocationnel qui facilite le partage des diverses expériences de l’Église partout sur la planète.

Nous voulons donc rassembler des délégations nationales ou diocésaines de tous les continents à la salle d’audience Paul VI durant trois jours, du 17 au 19 février 2022, avec un programme intense de conférences qui sera couronné par un envoi de la part du Pape François. Le programme des conférences est mis à la disposition des journalistes et du public à partir d’aujourd’hui. Un site internet a été ouvert il y a quelques jours et servira à donner de plus amples informations aux personnes intéressées, à faciliter les modalités d’inscriptions pour les participants et à solliciter des contributions financières pour soutenir l’organisation de ce grand évènement.

Étant donné l’envergure de ce symposium qui voudrait marquer une étape dans la recherche de l’Église et encourager des publications, je ne peux lancer cette invitation comme préfet de la Congrégation pour les évêques, sans faire appel à la prière du peuple de Dieu, et en particulier à celle des communautés contemplatives. Puisqu’il s’agit du sacerdoce, dont il nous faut réactiver la conscience baptismale et ministérielle, de même que la conscience de la fécondité de la vie consacrée, cela ne peut être obtenu que par une grâce d’en haut à demander avec insistance et persévérance. J’invite donc spécialement les évêques à accueillir cet appel et à relancer cette préoccupation pour les vocations dans le cadre de leur Église particulière, en communion avec le Pape François et ses collaborateurs de la Curie romaine. Je remercie le Service des Communications du Saint-Siège pour sa disponibilité à collaborer aujourd’hui et dans les mois à venir à cet évènement. Merci beaucoup.

+ Marc Cardinal Ouellet

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